SSHANDYNAMIQUES S


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RENDEZ-VOUS  DORÉNAVANT  SUR  http://shandynamiques.wix.com/shandynamiques   


ART IN THE AGE OF EXTINCTION

 

DU 10 JUILLET

AU 26 SEPTEMBRE 2012

À CERBÈRE ET PORTBOU

 

L'ambition des Shandynamiques, c'est de mettre en oeuvre Ă  CerbĂšre et Portbou, d'abord en Ă©tĂ©, puis hors saison, une sĂ©rie d'interventions artistiques — expositions, workshops, rĂ©sidences... — susceptibles de faire de ces deux villages catalans, l'un ibĂšre l'autre albĂšre, des stations phares de l'art contemporain. CerbĂšre est un village frontiĂšre Ă  nul autre pareil. Son histoire rĂ©cente, dĂ©butĂ©e il y a peine plus d'un siĂšcle, est intimement liĂ©e Ă  celle du chemin de fer. Le sa viez-vous ? La voie ferrĂ©e est arrivĂ©e Ă  CerbĂšre avant la route et le flux et le reflux automobile qui vinrent avec. Avec une gare construite sur une plateforme en forme de prouesse signĂ©e Gustave Eiffel (1876), avec une premiĂšre grĂšve gĂ©nĂ©rale et interminable des femmes en ce temps-lĂ  chargĂ©es de transborder les oranges, citrons et autres agrumes et lĂ©gumes, des wagons espagnols vers les wagons français (1906), avec un BelvĂ©dĂšre du Rayon Vert aujourd'hui devenu l'un des chefs-d'oeuvre en pĂ©ril de l'architecture moderne, avec son phare solaire et un certain Walter Benjamin, philosophe expert de la question de la perte de l'aura de l'oeuvre l'art Ă  l'Ăšre de sa reproductibilitĂ© technique, qui repose Ă  deux pas de lĂ , quelque part dans le petit cimetiĂšre marin de Portbou, CerbĂšre possĂšde tous les atouts utiles pour devenir la station phare de l'art contemporain sur la CĂŽte Vermeill. En Roussillon, dans le champ de l'art, en effet, il y avait jusque-lĂ  Perpignan avec son Dali et son Centre du Monde, Collioure avec ses Matisse et ses Fauves, CĂ©ret avec son Picasso et son MusĂ©e, Banyuls avec son Maillol et sa Dina Vierny, Port-Vendres avec son Mackintosh... CĂŽtĂ© Catalunya, il y avait Ă©galement, dĂ©jĂ  lĂ , un inĂ©puisable filon Dali qui va de Figueras Ă  Port Lligat via Cadaques. Toute une histoire de l'art d'abans. Il manquait seulement dans ce paysage formidable, une vĂ©ritable et durable approche de l'actualitĂ© de l'art, en phase avec le fameux sempre endavant, cet Ă©tat d'esprit d'avant-garde que l'on dit cher aux Catalans.


EN COMPAGNIE

DE MARCEL DUCHAMP

ET WALTER BENJAMIN


Pour sa premiĂšre opĂ©ration Ă  caractĂšre shandy, pour toutes les raisons ci-avant dites, pour faire le lien via le Rayon Vert avec l'iconoclaste, l'anartiste shandy que fut Marcel Duchamp, pour faire en mĂȘme temps en compagnie de feu le philosophe shandy Walter Benjamin le lien entre la fin de l'aura de l'oeuvre et l'art Ă  l'Ăšre de sa fin, Shandynamiques a choisi d'intervenir Ă  CerbĂšre et Portbou, avec l'espoir de pouvoir rĂ©cidiver tous les Ă©tĂ©s. Bref ! Sous le titre L'ART À L'ÈRE DE SA FIN, Shandynamiques a crĂ©Ă© diffĂ©rents points d'impact poĂ©tique sur des sites plus ou moins sans emploi, dĂ©saffectĂ©s, en vacance(s). CĂŽtĂ© CerbĂšre : la gare internationale, un tunnel piĂ©tonnier qui va de la gare Ă  la plage et l'hĂŽtel dit Le BelvĂ©dĂšre du Rayon Vert. CĂŽtĂ© Portbou : la gare et les abords du cimetiĂšre marin. Avec la complicitĂ© d'artistes internationaux reconnus ou Ă©mergents, il s'agissait de recharger poĂ©tiquement ces lieux. Lieux ? Non lieux ? Des bouts, morceaux choisis, fragments d'un paysage ferroviaire comme l'ex-rĂ©seau d'espaces d'affichage du passage souterrain de la gare de CerbĂšre, comme les quais de moins en moins empruntĂ©s des gares de CerbĂšre et Portbou. Lieux ? Non lieux ? Un interstice glauque comme ce tunnel piĂ©tonnier qui reste le chemin le plus court pour aller de la gare Ă  la plage, un site emblĂ©matique d'une certaine modernitĂ© comme le BelvĂ©dĂšre dit du Rayon Vert, dont le devenir ruine semble en mĂȘme temps "proche et lointain", comme disait Walter Benjamin...


UNE GARE,

UN HORIZON, UNE LIMITE

EN MÊME TEMPS QU'UNE STATION


CĂŽtĂ© gares de CerbĂšre et Portbou, pour recharger poĂ©tiquement les quais, Shandynamiques a choisi d'inviter AMBROISE TIÈCHE (Suisse, basĂ© Ă  GenĂšve), qui a posĂ© çà et lĂ  deux de ces Ă©nigmatiques et laconiques plaques qui marquent, balisent, ponctuent tout fragment de territoire par lui empruntĂ©. D'oĂč le surnom de MaĂźtre des Plaques qui colle aux basques de cet aĂšde helvĂšte, expert des modes inframinces d'intervention artistique dans les interstices et autres non-lieux dont l'espace public est de plus en plus constituĂ©. Modeste expert puisqu'il a l'habitude d'installer toutes ses fausses plaques commĂ©moratives sans demander la permission, autrement dit sans autorisation, et surtout sans jamais les signer, autrement dit sans aucune forme d'autoritĂ© d'auteur. AprĂšs toutes les plaques qui lui ont dĂ©jĂ  valu une solide et lĂ©gitime rĂ©putation d'homme "de parole", des plaques genre Spectacle polysensoriel permanent, ou encore Observatoire de l'urbain, TiĂšche a su profiter de la crise que l'on sait pour offrir Ă  tout voyageur arrivant ou partant un costume d'horizon taillĂ© sur mesures, genre Fin du sol, dĂ©but du ciel, ou encore Demain mĂȘme heure, un costume taillĂ© post-Schengen pour dire la carte et le territoire, l'histoire et la gĂ©ographie d'un art sans rĂ©elle frontiĂšre. ConcrĂštement : deux pendentifs, deux percings, deux boucles d'oreille, deux plaques sur lesquelles TiĂšche a fait graver cĂŽtĂ© CerbĂšre PARENTHÈSE FERMÉE / PARÈNTESI OBERT et cĂŽtĂ© Portbou PARÈNTESI TANCAT / PARENTHÈSE OUVERTE...

 

Toujours cĂŽtĂ© gare, mais pour investir cette fois les espaces autrefois dĂ©diĂ©s Ă  CerbĂšre Ă  l'affichage publicitaire, un carrĂ© et vingt rectangles aux dimensions variables, monochromes, encadrĂ©s d'une baguette dorĂ©e, Shandynamiques a choisi de faire appel Ă  Stefan BrĂŒggemann (artiste mexicain et allemand d'origine, basĂ© Ă  Londres), Miquel Mont (artiste espagnol, basĂ© Ă  Paris), Pascal Poulain (artiste français, basĂ© Ă  Lyon), Paul Pouvreau (artiste français, enseignant Ă  l'Ecole Nationale de Photographie d'Arles, basĂ© Ă  Paris et dans la Creuse), Julie Sas (artiste française, basĂ©e Ă  GenĂšve et Paris), Nathalie Wetzel + HervĂ© Laurent (artiste suisse + critique d'art français, basĂ©s l'un et l'autre Ă  GenĂšve).

 

Le langage, l'Ă©criture, les mots, le poids, la charge, le sens et l'usage des mots sont la matiĂšre premiĂšre de tous les travaux de STEFAN BRÜGGEMANN. Presque tous. Comme dirait Roland Barthes, la langue est pour lui bien moins une provision de matĂ©riaux qu'un horizon, une limite en mĂȘme temps qu'une station, un entre-deux, le ciel et le sol en mĂȘme temps que leur rencontre, leur jonction. La langue est pour lui "comme une ligne dont la transgression dĂ©signera peut-ĂȘtre une surnature du langage : elle est l'aire d'une action, la dĂ©finition et l'attente d'un possible. BrĂŒggemann est peut-ĂȘtre Dada, peut-ĂȘtre Pop, mais il est plus prĂ©cisĂ©ment comme il le dit lui-mĂȘme "twisted conceptual pop"... Le titre Art IN The Age of Extinction donnĂ© Ă  cette premiĂšre opĂ©ration estivaliĂšre de CerbĂšre / Portbou est d'ailleurs signĂ© BrĂŒggemann ; c'est l'un des trois ou quatre mille Show Titles listĂ©s depuis 2000 par l'artiste et mis gratuitement on line Ă  la disposition de tout le monde, commissaires d'expositions inclus.

 

Les collages idĂ©ologiques de MIQUEL MONT constituent en fait des rĂ©cits visuels Ă  plusieurs entrĂ©es. Par le rapprochement entre un Ă©crit rudimentaire (une citation, un texte empruntĂ©, une pensĂ©e...), une image partielle (trouvĂ©e ou rĂ©alisĂ©e) et des Ă©lĂ©ments abstraits (le plus souvent des aplats de couleurs...), l’artiste met en place des idĂ©es lacunaires ou des associations d’idĂ©es invitant le regardeur Ă  la rĂ©flexion voire Ă  la mĂ©ditation philosophique.

 

Entre tableaux vivants et natures mortes, les photos de PAUL POUVREAU se prĂ©sentent sous forme de saynĂštes, drĂŽles de saynĂštes oĂč les objets sont Ă©levĂ©s au rang d'acteurs et oĂč inversement les apparitions humaines semblent avoir valeur d'objet. Ici, tout systĂšme de hiĂ©rarchie s'efface pour cĂ©der la place Ă  une Ă©trange poĂ©sie du banal quotidien : une maison entiĂšrement rĂ©alisĂ©e en cartons rĂ©cupĂ©rĂ©s qui s'effondre lentement, un sac en plastique transformĂ© en sculpture abstraite qui semble lĂ©viter, des Ă©tagĂšres bleue Ă©lectrique qui se dressent telle une architecture prĂ©caire, etc. Dixit Pouvreau : "La rĂ©alisation de mes photographies organise des relations plurielles entre des espaces empruntĂ©s Ă  la rĂ©alitĂ© urbaine, semi-urbaine ou vues d'intĂ©rieurs avec des constructions mineures (...) Ces photographies, par la mise en circulation de signes diffĂ©rents et de plusieurs niveaux de signification, activent des relations complexes crĂ©ant des zones d'interfĂ©rences entre le naturel et le fabriquĂ©, le rĂ©el et la fiction, le sujet et l'objet. Ces frontiĂšres, fragilisĂ©es et rendues plus ou moins permĂ©ables par les photographies, minent l'apparente unitĂ© des choses du monde et celle de l'image."


MĂȘme doute sur l'adĂ©quation du rĂ©el Ă  son image dans le travail photographique de PASCAL POULAIN. Comme le souligne la critique d'art Garance Chabert : "Au lieu de chercher Ă  percer au-delĂ  de la surface lisse de l'image photographique la complexitĂ© historique d'une situation rĂ©elle (...) Poulain s'attache prĂ©cisĂ©ment dans ses images Ă  dĂ©celer le processus inverse : l'image agit comme rĂ©vĂ©latrice de la vacuitĂ© du rĂ©el". Poulain nous invite Ă  interroger la vĂ©racitĂ© de toute image. Les simulacres et les juxtapositions incongrues que ses images rĂ©vĂšlent ou prĂ©lĂšvent dans notre quotidien urbain, ainsi que sa plus rĂ©cente rĂ©activation de slogans politiques rĂ©vĂšlent moins une poĂ©tique urbaine que l’évidement du rĂ©el et de ses reprĂ©sentations lissĂ©es, la modĂ©lisation de nos modes de vie. Pourtant, les Ɠuvres de Poulain ne nous prennent jamais de front : c’est dans un subtil va et vient entre sĂ©duction des apparences et mise Ă  distance du regard, lisibilitĂ© immĂ©diate et dĂ©stabilisation visuelle, prĂ©sence affirmĂ©e du geste et des corps et immatĂ©rialitĂ© des procĂ©dĂ©s, que ses photographies et installations invitent Ă  rĂ©flĂ©chir sur le processus de standardisation Ă  l’Ɠuvre dans l’environnement visuel de nos sociĂ©tĂ©s.

 

Le travail de JULIE SAS se dĂ©veloppe entre les champs de la peinture et de l'installation, et condense dans sa plastique ces deux spatialitĂ©s. Il met en oeuvre des systĂšmes formels rigides et Ă©purĂ©s, mobilisant des matĂ©riaux bruts, primaires et froids, qui s'articulent entre eux dans des rapports formels et plastiques d'oppositions strictes. "Ce qui m'intĂ©resse, dit-elle, c'est de confronter ces formes Ă  l'architecture mĂȘme des lieux dans lesquels elles prennent place mais aussi de les conformer au proportions et propriĂ©tĂ©s physiques du corps humain. Je cherche, au travers de l'expĂ©rience phĂ©nomĂ©nologique de l'espace et des corps, Ă  traduire plastiquement la nature, les propriĂ©tĂ©s et les conditions des prĂ©sences physique et mentale de corps dans des lieux donnĂ©s." 

 

Horizons avec vagues, cyprÚs, lacs ou rocailles, paysages avec un détail, une incise, quelque chose qui ponctue cette ligne de partage entre terre (ou mer) et ciel, le plus souvent en noir et blanc, sont les motifs récurrents du travail photographique de l'artiste genevoise NATHALIE WETZEL. Comme le souligne le critique d'art Hervé Gauville : "Au lieu d'étaler le paysage sur le plan horizontal sur lequel il se déploie d'ordinaire, elle le dresse en autant de stÚles. Le paysage perd son statut de carte postale au profit d'une destinée monumentale". CerbÚre sera pour cette artiste l'occasion d'exposer pour la toute premiÚre fois un travail engagé depuis peu en compagnie du critique d'art Hervé Laurent, travail qui interroge poétiquement, textuellement et graphiquement, les fragments de paysages qu'ils arpentent ensemble le plus souvent.

 

Sous le titre DE LÀ, voici les premiĂšres pistes qu'HervĂ© Laurent et Nathalie Wetzel nous invitent Ă  emprunter : "Walter Benjamin Ă©crit Ă  propos de notre attachement au paysage qu’il coagule en images pĂąlies, produites par la magie noire de la sentimentalitĂ©. Pourtant il y voit aussi un obscur dĂ©fi lancĂ© au savoir. Il prĂ©cise : Voici ce que veut le rĂȘveur abĂźmĂ© dans le paysage (...), il veut nier [le savoir] pour s’abandonner aux images auprĂšs desquelles trouver la paix, l’éternitĂ©, le calme, la durĂ©e. Un moustique qui bourdonne Ă  ses oreilles, un coup de vent qui le fait frissonner, toute proximitĂ© qui l’atteint le convainc de mensonge mais tout lointain reconstruit son rĂȘve[5]. Le sentiment du paysage est donc, pour Benjamin, un dĂ©fi philosophique. Et comme souvent, dans son Ɠuvre, nous nous apercevons que la rĂ©flexion accompagne l’expĂ©rience intime, qu’elle est appelĂ©e Ă  en rĂ©pondre. Et ce ne sont sĂ»rement pas la stabilitĂ© ni l’équilibre ni l’harmonie qu’il recherchait dans le paysage, mais l’impĂ©tuositĂ©, l’élan qui font que dans sa pensĂ©e rien ne se fige jamais en rĂ©sultat. Le travail que nous nous proposons de prĂ©senter Ă  CerbĂšre occupera une suite de 6 panneaux d’affichage d’égale dimension (120 x 160 cm), se faisant face, trois par trois, dans le passage souterrain d’accĂšs aux quais de la gare ferroviaire. Il sera composĂ© de dessins en noir et blanc, rĂ©alisĂ©s Ă  partir de photographies de paysages. Un panneau (peut-ĂȘtre plus) sera exclusivement rĂ©servĂ© Ă  un montage de textes autobiographiques de Walter Benjamin qui abordent la question du paysage et en dĂ©crivent certains. De lĂ , on ne peut faire autrement que de voir la suite d’élĂ©ments distribuĂ©s par la syntaxe comme s’ils s’ordonnaient Ă  partir d’un point de vue. A cette mise en scĂšne du paysage Ă  travers une logique panoramique rĂ©pond, dans la suite des dessins, un rapport au motif beaucoup plus malaisĂ©, en ce qu’il a perdu sa charge d’évidence. Autant les dessins figurent d’hypothĂ©tiques paysages, autant ils procĂšdent Ă©galement Ă  leur dĂ©figuration, et cela par l’emploi exclusif du noir et blanc, les jeux du clair-obscur qui peut ĂȘtre parfois inversĂ©, le morcellement des parties, leur possible remontage et un affaiblissement concertĂ© de l’ordonnance perspective. La puissance Ă©vocatrice du langage prĂ©sente au lecteur une rĂ©alitĂ© diffĂ©rĂ©e mais irrĂ©futablement familiĂšre. Le dessin propose au regardeur une expĂ©rience dans laquelle l’immĂ©diate et brutale prĂ©sence des formes retarde indĂ©finiment leur identification, celle-ci restant comme enrayĂ©e par le traitement du motif. De lĂ , deux approches de la question du paysage, ni irrĂ©conciliables ni rĂ©conciliĂ©es, sont proposĂ©es au libre jeu de la pensĂ©e et de l’émotion de qui les cĂŽtoie, avec le souci de rĂ©pondre Ă  l’indomptable sauvagerie de la philosophie de Benjamin. Alors que tout prĂšs d’ici, ne trouvant plus dans le monde qu’il tentait de fuir aucune issue, Walter Benjamin mit fin Ă  ses jours pour Ă©chapper, au moins, Ă  la scĂ©lĂ©ratesse des hommes, de lĂ , comme d’un belvĂ©dĂšre, le paysage de sa pensĂ©e s’offre toujours Ă  la vue."

 

UN TUNNEL, 

 UN PASSAGE, UN HOMMAGE 

 AU PHILOSOPHE WALTER BENJAMIN      

 

CĂŽtĂ© Tunnel PiĂ©tonnier — Ă©tonnant raccourci, Ă©trange passage, impressionnant hommage au low art du tag, du graf, du graffiti, du pariĂ©tal en gĂ©nĂ©ral —, pour rompre le charme d'un decorum graphiquement trop homogĂšne, pour aller de la gare Ă  la plage tout en revenant sur quelques idĂ©es dites toutes faites ou encore readymades, Shandynamiques a choisi de faire appel Ă  iF, collectif poĂ©tique d'origine critique. L'uchronie Ă©tant l'art d'Ă©crire toute histoire autrement, en forme d'histoire alternative, avec des si... ou des et si..., Ă  partir d'Ă©vĂ©nements dits dĂ©terminants, parce que tout ce qui suit dĂ©pend des interprĂ©tations qui en sont faites ou pas, iF autrement dit Si dĂ©signe un collectif de chercheurs et opĂ©rateurs d'art dont les travaux — rĂ©flexions, conversations, publications, crĂ©ations, installations, expositions — reposent le plus souvent sur une approche uchronique de questions relatives Ă  l'histoire, la prĂ©-histoire, l'aprĂšs-histoire et l'actualitĂ© de l'art. Exemples : Et si Jules Verne n'avait pas planchĂ© sur le phĂ©nomĂšne optique dit naturel du Rayon Vert ? Et si Marcel Duchamp n'avait pas rangĂ© sa propre version dudit Rayon Vert dans la catĂ©gorie Not Seen and / or Less Seen de ses oeuvres inframinces ? Et si NicĂ©phore Niepce n'avait pas observĂ© que le Bitume de JudĂ©e se solidifiait dĂšs lors qu'on l'exposait Ă  la lumiĂšre ? Et si Walter Benjamin n'avait pas parlĂ© du dĂ©clin sinon de la perte de l'aura de l'Ɠuvre d'art Ă  l'Ăšre de sa reproductibilitĂ© technique ? Et si on prenait le temps de reposer les bonnes questions : Qu'est-ce que l'art ? Qu'est-ce que le moderne ? Qu'est-ce que l'art moderne ? Qu'est-ce que le contemporain ? Qu'est-ce que l'art contemporain ? Qu'est-ce que le grand art ? Qu'est-ce que l'aura ? Qui se soucie aujourd'hui de l'aura de l'Ɠuvre ? Qu'est-ce que l'histoire de l'art ? L'art est-il entrĂ© dans l'Ăšre de sa fin sans fin ? À quoi sert l'art ?... Mix et remix de mots et images, logos et icones sont le principal mode opĂ©ratoire d'iF. Mots clĂ©s et images passe-partout, mots et images de passages. Pour procĂ©der Ă  l'ouverture de l'opera mundi du collectif, chacun pourra choisir son mot de passe et ou son image passage...

 

UN BELVÉDÈRE,

UN RAYON VERT, TOUTE UNE HISTOIRE

DE L'ART CONTEMPORAIN

 

CĂŽtĂ© BelvĂ©dĂšre du Rayon Vert, Ă©tant donnĂ©s primo le clin d'oeil fait au Rayon Vert selon Marcel Duchamp, secundo la rĂ©fĂ©rence faite Ă  la fin de l'aura de l'oeuvre d'art envisagĂ©e par Walter Benjamin, tertio l'Ă©tat dans lequel se trouve aujourd'hui ce petit chef-d'oeuvre de l'architecture moderne, Ă©tat proche de ces ruines au-dessus desquelles plane l'Angelus Novus de Paul Klee et ou l'Ange de l'Histoire cher Ă  Walter Benjamin, Shandynamiques a choisi de confier l'occupation des locaux ­­— restaurant, bar et salle de cinĂ©ma ­— Ă  Pierre-Olivier Arnaud, qui dĂ©veloppe depuis quelques annĂ©es dĂ©jĂ  une vision et un usage rĂ©solument iconoclastes de la photographie.

 

PIERRE-OLIVIER ARNAUD s'est d'abord fait connaĂźtre par ses photos de lieux emblĂ©matiques d'un certain Ă©chec de la modernitĂ© rĂ©alisĂ©es lors de promenades-dĂ©ambulations urbaines dans divers pays europĂ©ens, principalement d'Europe de l'Est. Ainsi la sĂ©rie d'images intitulĂ©e Cosmos qui rassemble des images d'hĂŽtels des annĂ©es 60-70 nommĂ©s "Cosmos", de fragments de nature et d'espaces dĂ©laissĂ©s alentour. "Ce travail s'opĂšre, selon P-O Arnaud, comme une rĂ©colte d'images en faillite". ImprimĂ©es en A4 ou postĂ©risĂ©es en formats supĂ©rieurs, collĂ©es ou Ă©pinglĂ©es sans cadre Ă  mĂȘme le mur, empilĂ©es ou dissĂ©minĂ©es Ă  mĂȘme le sol, les images de P-O Arnaud ne sont pas juste des impressions offset en noir et blanc. Contrairement aux apparences, comme le note le critique JudicaĂ«l Lavrador, "Pierre-Olivier Arnaud capte non pas le rayon vert mais le rayon gris". C'est en effet le gris et tous ses dĂ©gradĂ©s qui dominent dans ces posters. "(Des gris) d'oĂč peinent Ă  jaillir la cible, des feux d'artifice, des nuits Ă©toilĂ©es ou des palmiers. Autant de motifs Ă©blouissants qui apparaissent lĂ  comme couverts de poussiĂšre. A l'image de cette espĂšce de boursouflure nuageuse montrĂ©e sur une affichette et qui se rĂ©vĂšle ĂȘtre la vapeur d'un flash d'appareil photo, P-O Arnaud prive de sa superbe un monde surexposĂ©."

 

Pour CerbĂšre, Pierre-Olivier Arnaud a choisi de publier et de diffuser gratuitement un journal exclusivement dĂ©diĂ© Ă  l'histoire et Ă  l'actualitĂ© d'un certain Rayon Gris. InstallĂ©s en mode white cube, sur une palette ordinaire, entre l'Ă©cran et les fauteuils d'orchestre de la salle de cinĂ© du BelvĂ©dĂšre du rayon Vert, les 5000 exemplaires de ce drĂŽle de fanzine tabloĂŻd Ă©taient offerts Ă  tout quidam de passage en ce lieu hantĂ© par sa propre modernitĂ©. ParallĂšlement, le film muet du Rayon Gris signĂ© par Arnaud Ă©tait en quelque sorte projetĂ©, image par image, surrois Ă©crans en mĂȘme temps, dans le passage souterrain de la Gare internationale de CerbĂšre.  


PARTENAIRES

COMMUNE DE CERBÈRE

COMMUNE DE PORTBOU

RÉGION LANGUEDOC-ROUSSILLON

RÉSEAU FERRÉ DE FRANCE

BELVÉDÈRE DU RAYON VERT

CENTRAL HÔTEL DE CERBÈRE

FONDS MUNICIPAL D'ART CONTEMPORAIN DE LA VILLE DE GENÈVE

JAJA DE JAU

PETIT CASINO DE CERBÈRE


PHOTOS

 DE HAUT EN BAS : AMBROISE TIÈCHE, STEFAN BRÜGGEMANN, MIQUEL MONT,

PAUL POUVREAU, PASCAL POULAIN, JULIE SAS, NATHALIE WETZEL, HERVÉ LAURENT,

iF, PIERRE-OLIVIER ARNAUD